theorie de l'engagement

La Théorie de l’Engagement à un niveau conversationnel​

Le potentiel qu’offrent les dernières découvertes en psychologie sociale et comportementale est immense dans le cadre des interactions de la vie de tous les jours. Un article consacré à l’exploration de différentes techniques de mentalisme y fait déjà allusion.

Explorons ensemble une des techniques de mentalisme les plus dingues de l’histoire du comportement humain en société : Les différents visages de la Théorie de l’Engagement.

Comment fonctionne la Théorie de l’Engagement

La Théorie de l’Engagement est un des six principaux piliers de l’influence sociale. Elle trône là, telle l’impératrice internationale des Théories. Et elle peut se le permettre. Ses principaux bienfaiteurs, contributeurs… Bref, Papa et Maman : 

  • Le Dr. Robert B. Cialdini (superstar dans le milieu). Un type dont le travail fut tellement utile et révélateur qu’on trouve son oeuvre au premier rang de tous les rayons traitant d’influence sociale, avec un livre de REFERENCE MONDIALE, LISEZ-LE D’URGENCE SI CE N’EST PAS DEJA FAIT : Influence et Manipulation (1984).
  • J.-L. Joule et R.-V. Beauvois (des Français !!! Youpi, cocorico) dans leur livre au titre à peine explicite lol : Petit Traité de Manipulation à l’Usage des Honnêtes Gens (réed. 2014).
  • Notre Bibliothèque est pleine de bouquins incroyables comme ça.

La Théorie de l’Engagement est facilement vérifiable et très intuitive. Elle stipule que le fait d’habituer les gens à effectuer une série d’actions les rend beaucoup plus susceptibles d’en effectuer par la suite

En effet, chez l’être humain en tout cas, l’engagement va de pair avec le principe de la cohérence psychologique. Le principe de cohérence est hyper important pour la survie, parce c’est un peu le mécanisme qui s’occupe de rationaliser ce qui se passe autour de soi. On pourrait le voir comme le mécanisme qui s’occupe de donner du sens à nos actions.

Voici le principe de la cohérence psychologique dans le cadre de la Théorie de l’Engagement, expliqué en une phrase : 

« Puisque j’ai fait ceci, je devrais faire cela. »

Principe de la cohérence psychologique

Vous commencez à comprendre comment court-circuiter ce mode de pensée maintenant, n’est-ce pas ? 😉

Lorsque les gens se mettent à jouer avec cette idée, cela peut donner lieu à des conclusions totalement paradoxales et irrationnelles, même si c’est précisément ce que nous cherchons à éviter. C’est un peu comme cette « démonstration » mathématique qui nous amène à conclure que 1 + 2 +3 +… à l’infini font -1/12, ce qui est complètement aberrant.

Le cerveau cherche constamment à rationaliser le monde pour mieux le comprendre et il a horreur de l’incohérence. La Théorie de l’Engagement fonctionne donc très bien en pratique ! C’est pourquoi utiliser l’engagement en situation sociale est une technique de mentalisme de haut niveau.

La Théorie de l’Engagement fonctionne grâce au principe de cohérence, qui agit comme un levier psychologique.

En d’autres termes, plein de petits services de rien du tout peuvent facilement mener à un plus grand service, simplement parce qu’on trouverait ça bizarre d’arrêter de rendre des services. Oui… Très WTF le cerveau parfois.

Pour vous en convaincre, vous pouvez jeter un oeil au film « The Push », idée originale de Derren Brown  (l’illusionniste/mentaliste le plus connu au monde), qui fait de cette technique de mentalisme une arme de manipulation redoutable. 

Comment repérer facilement la technique de l’engagement ?

Utiliser la Théorie de l’Engagement dans une technique de mentalisme, c’est assez vicieux : on ne peut pas vraiment la débusquer comme ça. Mais pourquoi ?

Parce qu’il n’y a pas de « marque de fabrique » dans l’application de la Théorie de l’Engagement. Elle peut se mettre en place d’un million de manières différentes. Tout dépend de la personne qui utilise la technique de mentalisme. 

Ce qui compte : L’enchaînement des actions exécutées est prévu à l’avance, et mène à l’action finale, qui est l’objectif principal de l’interaction.

Vous ne comprenez pas tout ? Pas de panique. Pour ça, il y a des exemples.

Mise en situation de la Théorie de l’Engagement

Disons que vous êtes dans un bar, avec des amis. 

  • A un moment, une de vos amies vous demande si vous pouvez lui faire goûter votre bière. Ce que vous faites gracieusement (n’est-ce pas ?)
  • Peu après, elle vous redemande une gorgée de votre bière. Bon, d’accord
  • Puis, vous voyant tout sourire, elle vous demande si vous êtes content d’être là ce soir. Vous répondez que oui.
  • Et est-ce que vous pouvez lui prêter votre pull que vous ne mettez pas ? Il fait froid ici.
  • Un peu plus tard, elle exprime son envie qu’elle aimerait une autre bière.

Fort probable que vous alliez la commander à sa place, voire la lui payer.

Analyse

Que s’est-il passé ? Beaucoup (beaucoup trop) de gens diraient que c’est « juste de la gentillesse, de l’affection ». C’est certain, gentil(le) vous l’êtes. 

Mais une chose est sûre : La tâche a été grandement facilitée par la série de petits services que vous avez rendus, l’un après l’autre. Facilitée par cette habitude que vous avez prise ce soir-là : Dire « OK », c’est-à-dire vous engager

Vous voyez donc qu’il est difficile de détecter la technique en s’attardant sur de petits éléments… Le coup du pull, sorti de son contexte, ça ne veut absolument rien dire.

Ce qu’il est important de développer, c’est donc un point de vue global sur toutes vos interactions.

Constamment se demander ce qui se passe, pourquoi, et comment. 

On appelle ça la méta-conversation, un concept à la base de toutes les techniques de mentalisme. Discuter, en ayant conscience que l’on discute, comment on le fait et pourquoi…

Une utilisation saine de la Théorie de l’Engagement

Comme on dit chez nous : 

Une lame aiguisée peut servir à tuer quelqu’un ou à se découper un bon vieux morceau de fromage en regardant la montagne.

Humanize Project

La Théorie de l’Engagement est bien trop riche pour la laisser filer comme ça dans la nature, et l’étiqueter comme « technique de mentalisme, donc technique de manipulation, malsain, pas bon ». Ce serait vraiment du gâchis.

Au lieu de ça, on pourrait parfaitement imaginer son application dans le renforcement d’une bonne habitude. Par exemple, habituer son corps à exécuter des actions saines régulièrement au long de la journée peut grandement préparer le terrain pour un réveil matinal le lendemain.

Dans une conversation : On peut parfaitement imaginer l’application de la Théorie de l’Engagement comme une magnifique technique de mentaliste pour construire une ambiance chaleureuse, riche en rires et en bonne humeur.

Par exemple en définissant l’objectif des différents engagements sur l’idée de « défi »

Chaque défi est grandement facilité par le chemin d’engagement préparé, même s’il peut être « difficile » à la base.

Quelques défis possibles : 

  • Raconter une blague
  • Faire un câlin
  • Aller parler à un inconnu…

Autant d’idées pour égayer la situation ! On imagine sans peine que la Théorie de l’Engagement est largement utilisée en thérapies brèves et en hypnose, pour son efficacité sur le court terme. 

En hypnose et en mentalisme, son application donne la technique du Yes Set, et sera peut-être le sujet d’un prochain article… 😉 

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